Et si la dépression pouvait vous sauver la vie ?
La dépression est bien souvent un signal d'alarme pour avertir que quelque chose ne va pas. Moi quand ça m'est arrivé, je ne voulais pas y croire, me disant que moins je n'y accordais de l'importance, mieux j'allais me porter. Je m'accrochais, je travaillais, menait mon train train quotidien, j'étais comme une machine, un automate, ignorant cette angoisse grandissante. « Ça allait passer » je me disais alors.
La société actuelle nous offre une panoplie de divertissements pour oublier, ne serait-ce qu'un instant, ce qui ne va pas. Les réseaux sociaux, les séries sont des accroches éphémères. Ils ne peuvent pas fournir l'espace nécessaire pour véritablement tourner la page, aller de l'avant. La diversité des liens possibles grâce à internet n'empêche pas de ressentir une profonde solitude qui s'apparente à de l'isolement. Lorsque vient le soir, on éteint tout et le mal est toujours là. On ne comprend pas pourquoi ces petites joies du quotidien qui, il n'y a pas si longtemps, ponctuaient ses journées ont disparues. On s'en inquiète... « Et si je faisais une dépression ? »
Au quotidien, on continue, on s'accroche, mais on sent bien que quelque chose n'est plus comme avant. « Je ne sais pas pourquoi mais les autres m'agacent. Une petite phrase lancée à la blague me blesse. Je n'ai qu'une envie, celle de m'ensevelir sous ma couette et de dire stop ». Cette lassitude fait bagarre à quelque chose qui pourtant voudrait vivre et croître.
Avec cette exigence de la société actuelle d'aller de l'avant, de vivre sa meilleure vie, cela nous donne à penser que l'on a toutes les cartes en main. Pourtant, moi je n'y arrivais pas ! Est-ce que j'en suis responsable ? Est-ce que je suis à blâmer de ne pas arriver à trouver mon bonheur, moi qui, ne manquait pourtant de rien.
La dépression, avec son lot de noirceur, a quelque chose néanmoins de positif; elle ouvre la voie à un changement profond. Elle est le signe qu'on a, à un moment donné, dû mettre son véritablement moi de côté pour répondre aux exigences de son encourage. Parfois, elles prennent les traits de ses parents, de son milieu de travail. On a dû taire son véritablement moi, enseveli par les exigences de son milieu, en avalisant des idées qui nous desservent. Tenace, c'est lui qui toque à la porte chargé des affres de la dépression. Toujours vivant finalement!
Cette dépression est un appel pour mieux vivre, qui se décline parfois par un réaménagement de sa vie, par une relecture des événements. Sans être une fatalité, elle peut cependant perdurer pendant des années et donner du carburant aux additions par exemple.
Sans l'aide de mon thérapeute, je ne crois pas que j'aurais pu cheminer comme je l'ai fait. D'abord, il a fallu que je sois entendue et reconnue dans la violence que j'avais subie. Pour une fois, on ne me faisait pas de reproches. On m'écoutait. Il fallait d'abord reconnaître la légitimité de ma révolte, de mon indignation. Il ne fallait pas me bousculer, ni me demander de passer à l'action. Il fallait entendre là où les choses furent inadmissibles pour moi. Ensuite, j'ai pu mieux plonger dans ce qui me tenait lieu de sensibilité. Un moment, j’acquis la certitude que les choses pouvaient changer. Je me sentis libre de dire oui et d'embrasser la vie, et dire non quand cela n'allait m'apporter que des ennuis. Pour retrouver le fil, pour mieux me délester du poids coriace de la dépression, il a fallu cette prise de distance nécessaire, cet espace de parole. J'ai pu enfin m'investir dans ce qui avait de l'importance à mes yeux.